« La ligne droite, tangente à une courbe, la rencontre en un seul de ses points……
Enfant, j’ai ressenti devant le monde, les nuages, la mer, les bêtes, certaines personnes, le bruit d’un avion dans la nuit, une émotion esthétique. En ce temps-là, je ne savais pas la nommer, c’était une sensation très intense et un sentiment confus, le pressentiment d’un mystère qui m’était destiné, que je devais résoudre. Cela se traduisait par une sorte d’arrêt comme on le dit pour les chiens de chasse, un suspens du temps, un déchirement entre volupté et souffrance.
Les tableaux sont des objets du monde, ils ont la même capacité à provoquer en moi cette perte de conscience qui est le passage à une conscience plus aiguë et plus sûre. J’ai découvert dans les toiles de Françoise Sémiramoth le mystère qui me confond, et j’écris à partir d’elles, comme à partir des objets du monde dont la beauté fascine, des poèmes qui, tentant de dévoiler l’énigme, la compliquent et creusant le secret, l’approfondissent.
De la même façon que je rencontre en un point le monde qui m’est altérité mais auquel pourtant je participe en ce point toute entière, ainsi je rencontre dans la création l’autre Françoise au point exact où nous reconnaissons en nous la féminité. Ou l’humanité, ou la douleur, ou la révolte au gré de celui qui à son tour nous rencontre. »
Françoise Donadieu pour l’exposition « What are you afraid of ? »
Galerie La Tangente, Marseille Novembre 2009
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